Les 27 et 28 octobre, l’Orchestre du Centre national des arts (sous la direction du chef invité Andrew Grams) et le pianiste Alain Lefèvre lanceront la Série Signature de l’OCNA avec une célébration de la musique du « Mozart canadien », André Mathieu. C’est toute une histoire et nous extrayons de larges pans du communiqué de presse de l’OCNA pour vous la raconter.
« Né en 1929 à Montréal, Mathieu était un enfant prodige. Il a reçu ses premières leçons de son père pianiste; à quatre ans, il composait déjà de la musique en plus d’émerveiller les auditoires par ses prouesses au piano. Il a commencé à donner des récitals dès l’âge de six ans, et il n’avait que sept ans quand il est parti étudier la composition et le piano à Paris. À treize ans, il a remporté le premier prix de composition d’un concours pour jeunes compositeurs organisé par l’Orchestre philharmonique de New York, et il avait dix-huit ans quand son Concerto de Québec a servi de trame musicale au film à succès La Forteresse. À Paris, il a eu droit à une véritable consécration – la critique, unanime, saluant en lui un « petit Mozart québécois ». Rachmaninov lui-même a déclaré : « C’est un génie, bien plus que je ne le suis moi-même.» Sa carrière a aussi pris son envol à New York, pour peu de temps toutefois. La Deuxième Guerre mondiale l’a obligé à suspendre ses activités, et Mathieu a mal vécu cette période, en proie à la mélancolie, au désœuvrement et à la lassitude. Sa gloire a plafonné vers 1950 et, bien qu’il ait continué à composer par la suite, il a plus ou moins sombré dans l’oubli. Aux prises avec un mariage désastreux et divers problèmes émotifs, il a fini par succomber à l’alcoolisme. André Mathieu est mort pauvre et oublié à Montréal, à trente-huit ans. De grands pans de sa vie ne nous sont pas connus, et les plus de 200 compositions qu’il nous a léguées attendent toujours d’être cataloguées avec le soin qu’elles méritent. »
Comment le Concerto pour piano no 4 a-t-il donc pu revenir à la vie? Voici ce qu’Alain Lefèvre avait à en dire:
« Ça fait maintenant vingt ans [que je m’intéresse à la musique de Mathieu.] Tout a commencé pour moi avec son Concerto no 2, qui est très beau et que j’ai eu beaucoup de plaisir à jouer.
Mais la perception que les gens avaient de cette œuvre était teintée par le fait que Mathieu était un enfant prodige. On avait peine à admettre qu’un enfant ait pu composer une musique d’une telle intensité dramatique. C’était un Mozart des temps modernes et il l’a même surpassé à certains égards, au moins comme enfant prodige. Quand j’ai commencé à travailler [au Concerto pour piano no 4], je n’avais pas grand chose à quoi me raccrocher. Il n’existait aucune partition complète de l’œuvre; à peine quelques fragments sur papier. Mathieu buvait énormément vers la fin de sa vie, au point de régler ses notes de bar avec de la musique en feuilles. Il va sans dire qu’à sa mort, le plus grand désordre régnait dans ses papiers. Mais un soir [le 21 septembre 2005], alors que je jouais le Concerto no 3 de Mathieu avec un orchestre au Québec, une femme a demandé au régisseur la permission de me parler en privé. Elle avait environ soixante-dix ans; elle était accompagnée de son époux, et ils m’on tendu un sac en disant : « Ceci vous revient. » Le sac contenait une série d’acétates que Mathieu avait enregistrés, sur lesquels il jouait les solos de son Concerto no 4. Ils avaient été enregistrés au petit bonheur la chance dans des résidences privées, n’étaient pas en très bon état, et je ne disposais même pas d’un appareil adéquat pour les écouter. Heureusement, j’avais des amis pleins de ressources qui ont pu m’en faire des copies. Quand je les ai entendus, j’ai su qu’il me fallait une partition. Comme il n’y en avait pas, j’ai embauché quelqu’un pour en faire la transcription, et Gilles Bellemare a ensuite achevé la tâche de reconstitution [et l’orchestration] de la pièce pour qu’elle puisse être exécutée. »




